L’Europe ennuie les Français. Elle apparaît presque en retard sur la mondialisation. Nous lui devons pourtant la paix sur le continent depuis 1945. Nous lui devons une grande partie de notre prospérité depuis le lancement du marché unique en 1958. Nous lui devons de nouvelles libertés individuelles grâce à l’ouverture des frontières et à des institutions telles que la Cour de Justice des Communautés Européennes et la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Une société européenne émerge, fondée sur des valeurs partagées qui place l’Homme et la démocratie au coeur de son message.
Mais la construction européenne aujourd’hui n’est-elle pas en train de régresser ? Les institutions européennes sont perçues comme distantes, bureaucratiques et complexes. Il manque une orientation politique claire à Bruxelles où l’on assiste à un éclatement des initiatives européennes dans des domaines de plus en plus variés. Si l’Europe semble se mêler de tout, c’est souvent parce que les Etats l’instrumentalisent pour mettre en place ces politiques qu’ils n’osent pas promouvoir au niveau national. Cet élan qui associaient Etats et peuples à un projet commun cède la place à la promotion quasi-exclusive d’intérêts nationaux.
Avec un désintérêt populaire, des attentes confuses et des institutions en manque de ligne politique, l’Europe devient un géant au centre mou. Dans un contexte de crise mondiale et avec l’émergence de nouvelles puissances dans le monde, il en va de notre liberté future de ne pas laisser l’inimaginable se produire: que l’Europe laisse son unité se défaire, perde de sa pertinence et disparaisse peu à peu.
